Marseille, rouges et jaunes ensemble, vieux et jeunes, Macron en fait une jaunisse

2018-12-16 20:32:32 - En fond, le pont du cours lieutaud sur lequel jadis j’ai pu lire « libérez les Rosenberg » et que je n’ai cessé d’arpenter depuis plus de soixante ans …

quand je suis arrivée à 11 heures sur la Canebière, la manif du matin des gilets jaunes tournait au coin du cours Lieutaud devant l’hôtel Noailles, l’hôtel de police. les gens autour de moi disaient unanimement « Ils ont raison ». je me suis approchée et j’ai interrogé certains gilets jaunes » Vous serez là à 14 heures avec la CGT! » L’homme m’a répondu: » chacun fait comme il lui plaît dans les gilets jaunes, moi j’y serai, mais je ne parle que pour moi! »…
 
Vers 13 heures je m’étais attablée dans un café du Vieux port qui avait attaché chaise et tables entassés. j’étais au première loge pour voir débouler par groupe de trois les gilets jaunes et se rendre au rendez-vous de la CGT, quelques uns assez rares se sont mêlés à la manif, les autres en ont résolument pris la tête. Voilà un cliché d’ambiance qui dit beaucoup de choses. La volonté de jonction, la difficulté de la mener au bout, l’accord populaire mais la difficulté de réalisation et pourtant au fur et à mesure que nous avancions les gens massés sur le bord venaient nous rejoindre.
 
Tout le long du trajet, des camarades inconnus sont venus me féliciter malgré mon grand âge de manifester. Ils étaient adorables, mais ils commençaient à m’énerver tant je me sentais en forme… heureusement un groupe de jeunes gens m’ont interpellée: « madame faites attention avec votre canne vous avez failli m’éborgner » et ils ont continué à me chambrer sur le fait que les flics allaient m’arrêter pour port d’arme… J’étais ravie qu’enfin on me reconnaisse le droit à être autre chose qu’une handicapée, je leur ai parlé des manifs de la guerre d’Algérie, d’autres et nous nous sommes sentis si proches,ils me rendaient l’adolescence, celle où l’on croit que l’on peut tout changer, le cadeau de ma vie c’est d’être restée à cet âge là, jadis on disait que le communisme était la jeunesse du monde?
 
je leur ai dit ce que je pensais que la lutte rendait la vie belle, qu’ils ne renoncent jamais…
 
C’était une belle manif, nous étions environ 3000 au départ, essentiellement des retraités mais peu à peu en arrivant au pont qui surplombe le cours lieutaud, noir de monde, nous étions le double et avec un maximum de jeunes.
 
derrière une banderole qui portait  « Marseille Noailles assassins » dénonçant les effondrements meurtriers, des jeunes un peu hippies qui nous envoient des baisers, les lycéens avec leur banderole bleue et blanche, mais cela vient de partout…
 
Marseille cosmopolite, marseille sage et rebelle… sur un panneau écrit « rouges, verts, bleus, jaunes mêlés, Macron en fait une jaunisse! »
 
A mes côtés, un retraité rouquin dansait un swing endiablé au rythme des chants du camion… quand revenait la chanson « Che guevara »de puebla enespagnol, , je ne pouvais m’empêcher de me revoir dans les rues de Trinidad avec mon compagnon cubain, un guerilleros, un « commandante » ,des joueurs de guitare nous suivaient dans cette petite ville cubaine en chantant cette chanson… « tu querida »… Cuba m’a aidé à savoir que l’on pouvait si on voulait… et cela me rend exigeante… et puis il y a ce sentiment qu’il aurait suffit de peu pour que l’on soit encore plus nombreux, un vrai raz de marée à la mesure du soutien populaire réel…
 
Il suffirait de si peu pour changer le monde… je suis sûre que cela va arriver mais j’aimerais que ce soit de mon vivant…
 
Déjà cette belle manif est la vie même…
 
J’ai dit à ma camarade nicole : tu vois ce pont et bien, c’était en 1952, j’avais 14 ans et sur l’arche il y avait écrit « Libérez les Rosenberg », deux ans plus tard au moment des évenements de hongrie j’adhérais au parti, parce que les Hongrois que je considérais comme d’abominables réactionnaires pendaient les communistes aux crocs de boucher… En 1952; je venais de découvrir les poèmes d’Eluard et je pleurais sa mort… c’est là que je me suis sentie communiste.
danielle Bleitrach
 
 
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