France : Un sénateur « rend » près de 150 000 € au Sénat

2018-02-04 15:01:06 - Daniel Raoul, parlementaire socialiste pendant seize ans, a discrètement signé un gros chèque correspondant à des frais de mandat non dépensés. Un sujet tabou chez les parlementaires.

Pour la transparence, on repassera. La législation a beau avoir évolué, l’opacité reste la règle concernant les frais des parlementaires. Au point que, même quand un ancien sénateur du Maine-et-Loire « rend » de l’argent à la trésorerie du Sénat, personne ne l’assume. La somme est pourtant rondelette et la démarche vertueuse.
 
Le 20 décembre, Daniel Raoul, élu pendant seize ans à la chambre haute (de 2001 à 2017), a signé un chèque de 149 743 €, encaissé début janvier. Une somme qui correspond au reliquat, progressivement cumulé pendant seize années, de l’indemnité représentative de frais de mandat (IRFM).
 
L’intéressé, pourtant, ne fanfaronne pas. « C’est un sujet sensible, je ne souhaite pas faire de commentaires sur le montant », indique-t-il, tout en reconnaissant qu’il faudrait « plus de transparence sur ce sujet ».
 
Même pudeur de gazelle au Sénat. « Nous ne pouvons malheureusement pas vous apporter d’éléments concernant un cas personnel », indique-t-on au service presse. On aura beau souligner qu’il s’agit d’un élu de la République et – accessoirement – d’argent public, rien n’y changera. « Le Sénat ne communique jamais sur ces questions d’argent, mais ne peut pas l’assumer ouvertement », indique une source qui en connaît bien les codes.
 
Sujet tabou, en effet. L’IRFM est une ligne de crédit dont bénéficient les parlementaires pour payer leurs frais. Elle correspond à un peu plus de 6 000 € mensuels pour les sénateurs. Une enveloppe qui sert souvent à payer le loyer de la permanence, l’hôtel, les déplacements, la communication, les réceptions, le matériel… Mais faute de transparence et de contrôle, les abus sont légion et les crédits fondent opportunément à la fin d’un mandat.
 
Dépenses et nuances
 
Difficile, dans ces conditions, de « situer » la portée de ce chèque. Combien de sénateurs ont fait de même ? Quelle est la moyenne des sommes rendues en 2017 ? Le refus de répondre clairement sur un sujet a priori « positif » cache la crainte d’une interprétation erronée. Car avoir tout dépensé n’est pas synonyme d’abus.
 
« L’égalité de traitement est en réalité une injustice, reprend Daniel Raoul. Un sénateur parisien a forcément moins de frais qu’un sénateur de la Creuse qui doit beaucoup se déplacer. Et je ne vous parle pas des parlementaires également maire ou président de conseil général, qui bénéficiaient déjà d’avantages matériels. »
 
Autre élément qui invite à la nuance, certains sénateurs ont été plus « parisiens » que d’autres. « C’est effectivement mon cas », admet Daniel Raoul, qui fut aussi président de la commission des affaires économiques. Ce travail purement parlementaire engageait peu de frais de représentation, quand d’autres faisaient le choix de financer des rencontres et des réunions publiques, en Anjou par exemple.
 
Les autres sénateurs sortants du département ? Après un seul mandat, « Christophe Béchu a fait un chèque de 4 000 € concernant le reliquat d’IRFM », indique son cabinet à la mairie d’Angers. Corinne Bouchoux (EELV) confirme aussi avoir fait un chèque au Sénat, sans en préciser le montant.

: France Monde